Interview : Amadou, saunier au Lac Rose depuis 20 ans

Nous avons rencontré Amadou Diallo sur les rives du Lac Retba,
alors qu’il déchargeait sa pirogue remplie de sel rose. Les mains
abîmées, le dos courbé, le sourire franc — il a accepté de nous
parler de son métier.

Comment es-tu devenu saunier ?

« Mon père était saunier. Son père aussi. Je suis entré dans l’eau
du lac pour la première fois à douze ans, pour aider mon père
pendant les vacances scolaires. À dix-huit ans, j’avais ma propre
pirogue. Aujourd’hui, mes deux fils travaillent avec moi. »

C’est un travail difficile ?

« Très difficile. L’eau est dix fois plus salée que la mer. Sans
protection, elle brûle la peau en quelques minutes. Alors on
s’enduit de beurre de karité, de la tête aux pieds, avant de
rentrer dans le lac. Et même comme ça, après vingt ans, mes
mains et mes genoux ont souffert. »

Tu gages bien ta vie ?

« Ça dépend des saisons. En saison sèche, le sel est abondant.
En saison des pluies, c’est plus difficile. En moyenne, on extrait
entre cinq et huit tonnes de sel par mois, vendu à des négociants
qui l’exportent au Mali, en Guinée, en Côte d’Ivoire. Ça nourrit
ma famille. C’est l’essentiel. »

Qu’est-ce qui te rend fier dans ce travail ?

« Ce sel vient de ce lac depuis des siècles. Avant moi, avant mon
père, avant mon grand-père. C’est notre histoire. Quand un
touriste vient me voir travailler et me demande comment ça marche,
je lui explique tout. Je veux que les gens comprennent ce qu’on
fait ici. C’est pas juste du sel. C’est notre vie. »

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